Jeudi 09 Août 2007

Serge Gainsbourg - L’Alcool

Serge Gainsbourg - Le Poinçonneur de Lilas

Serge Gainsbourg - Ronsard

Souvent on ne me comprend pas, le pire étant ceux qui me regardent comme si je ne méritais pas le respect. Ceux qui me jugent, mais qui sont-ils ? Et puis, comment font-ils, eux, pour respirer ? Ou, peut-être ne respirent-ils pas ? Cela expliquerait tout : leur air triste, leur regard sans passion, leur vie étriquée. Moi, j'aime les gens et cela me permet de les rencontrer : une parole décomplexée, loin de ce bain de consensualité, loin de ces réalités matérielles. Je n'aime pas les petits gens. Et c'est ce qu'ils sont, sinon pourquoi me regarder ainsi ?

Après tout, ils n'ont qu'à continuer leur chemin. J'ai tant de désobligeance mais pas assez de forces : je me sens faible et puis, si l'on pouvait vivre ainsi ? Et même si l'on ne pouvait pas, pourquoi me regarder de cette manière ?

J'ai bien conscience que l'exaltation peut parfois laisser place à la nuit. Mais la nuit n'est-elle pas une maigre conséquence à côté de la force de mon exaltation ? Je vole, je vis, j'écoute, je parle, j'aime... Mieux que quiconque grâce à cela.

Il y a des matins où je me sens mal, le ventre dans une boule, la tête dans une boîte, le cœur dans un caillou, les yeux compressés. C'est dans ces moments-là que je me raconte que loin du discours des poètes et autres artistes, c'est une drogue. Une drogue qui coule le long de mon gosier, jusqu'à réchauffer mes poumons et redonner vie à ma chair. Je me lève et après mon verre, tout va bien, comme un sportif qui s'est échauffé : je peux commencer ma journée. J'en ai toujours sur moi, même au travail, même à la bibliothèque, même quand je marche dans la rue : je porte mon fardeau, sans interruption.

Il est impossible d'oublier, quelque soit l'instant : le poids de mon sac se charge de m'empêcher d'oublier. Quand mes poches sont vides et ma bouteille aussi, je me sens mal. Rabougri, recroquevillé sur moi (que ce soit physique ou psychologique), je grelotte, je pleure, je souffre. Je refuse de penser que c'est dans ces moments la vérité. Non. Dans ces moments, au contraire, rien n'est vrai. Je souffre, je ne suis pas moi, je reste seul alors que je suis tellement sociable, jovial et extraverti au contraire !

Je ne veux pas arrêter. Pourquoi ? Pour retrouver le garçon timide dans son coin que personne ne voit ? Il n'en est pas question.

Elle aussi, elle m'a quitté car elle n'aimait pas que je sois comme ça. En fait, elle ne m'aimait pas sinon elle aurait voulu me voir bien dans ma peau. Je crois qu'elle avait peur que je lui échappe en devenant à l'aise en société. Elle ne m'a pas pardonné de choisir mon bien-sentir plutôt que notre amour.

Et puis de toute façon, je ne pourrais pas arrêter. Je me sens tellement mal quand je n'ai pas ma bouteille. Comme si la vie m'abandonnait. Comme si je m'abandonnais moi-même. Comme si la société m'abandonnait. Seul au monde sans même moi-même. Je n'ai pas le choix, je dois continuer sinon je vais mourir. Je sais qu'avec je risque de mourir aussi mais au moins je mourrais heureux alors que si j'arrête, je mourrais de suite et dans la misère humaine la plus totale.

J'aimerais seulement qu'on ne me juge pas, qu'on me laisse croire que c'est ça la vie et après tout, est-ce si grave ?

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